Bilingue
Nicolas Santos · 22 juillet 2026

Un site en français n’est pas un site traduit

Un site en français n’est pas un site traduit

Si votre entreprise s’implante au Québec, ou si votre entreprise québécoise vise le Canada anglais, quelqu’un dans votre équipe a probablement dit la phrase « on va faire traduire le site ». C’est là que les ennuis commencent, parce que cette phrase déguise un problème de produit en problème de paperasse.

Le plancher légal

Commençons par la couche légale, parce qu’elle a maintenant des dents. L’Office québécois de la langue française a enregistré un record de 10 371 plaintes en 2024-2025, en hausse de 14 % en un an, et les sites Web non conformes figurent historiquement parmi les premières catégories de plaintes (OQLF, rapports annuels; Le Devoir, 2025). L’Office rapporte que la très grande majorité des entreprises signalées prennent des mesures correctives une fois contactées, ce qui dit deux choses : l’application est réelle, et la mise à niveau sous échéance est la façon dont la plupart des entreprises finissent par faire ce travail, au pire moment possible.

S’y ajoute la Loi 25, la loi québécoise sur la protection des renseignements personnels, avec ses propres obligations pour tout site qui recueille de l’information de résidents du Québec : consentement, transparence, un responsable désigné. Aucune de ces lois n’est exotique. Ce sont des exigences de base que les entreprises ontariennes découvrent régulièrement trop tard.

L’échec de produit en dessous

La conformité, pourtant, n’est que la surface du problème. L’industrie qui vend de la « traduction » le sait en privé. La presse spécialisée torontoise elle-même a couvert la façon dont le modèle standard, où la création anglaise est terminée d’abord puis remise à un partenaire québécois, continue de produire du travail qui rate; comme une agence l’a dit dans Strategy cette année, « souvent, la création ne fonctionne pas ».

La raison est structurelle, et c’est la même raison qui fait échouer le logiciel traduit. Un produit conçu en anglais puis traduit ensuite, c’est un costume français sur un corps anglais. Les coutures paraissent partout où le produit fait un vrai travail : le formulaire qui valide les codes postaux mais pas les accents, les courriels transactionnels qui arrivent encore en anglais, la recherche qui ne trouve pas « Geneviève », le parcours de soutien qui frappe un mur dès qu’un client répond en français. Chaque couture est petite. Ensemble, elles disent à un client francophone, précisément et à répétition, qu’il est le deuxième public.

Quand nous avons construit la plateforme de Guy Hoquet Québec, la consigne des fondateurs tenait en une phrase : il ne faut pas que ça ait l’air importé. Cette contrainte a façonné l’architecture, pas les textes. Le jumelage de courtiers au cœur du site a été conçu et construit dans les deux langues en même temps, parce qu’une conversation de jumelage pensée en anglais puis traduite aurait posé des questions françaises avec des suppositions anglaises. Le français portait la charge, alors il devait être là dès le premier commit.

Ce que « construit bilingue » veut dire concrètement

Si vous évaluez un projet, ou si vous auditez celui que vous avez, le bilinguisme comme architecture ressemble à ceci :

  • Les adresses et la structure. Chaque langue vit à ses propres adresses stables, avec un appariement hreflang correct, pour que les moteurs indexent deux sites de plein droit plutôt qu’un site et son ombre.
  • Un modèle de contenu où les deux langues sont égales. Chaque contenu a une place dans les deux langues dès la conception, et l’équipe peut modifier l’une ou l’autre sans développeur.
  • Des fonctionnalités, pas seulement des pages. Formulaires, messages de validation, courriels, reçus, états d’erreur, recherche : c’est le comportement du produit qui est bilingue, pas seulement sa vitrine.
  • Une équipe capable de le faire vivre. Si publier une page en français exige le fournisseur, le site n’est bilingue que jusqu’au premier changement de contenu.

Rien de tout ça ne coûte sensiblement plus cher quand c’est conçu dès le départ. Tout ça coûte cher à greffer après coup, et les statistiques de plaintes de l’OQLF le montrent.

Le marché bilingue n’est pas un fardeau de conformité déguisé en feuille d’érable. Environ un Canadien sur cinq parle français, le Québec est une économie de près de neuf millions de personnes voisine de l’Ontario, et la plupart de vos concurrents la servent en traduction. Construire correctement pour ce marché est l’un des avantages concurrentiels les moins chers offerts à une entreprise canadienne de taille moyenne en ce moment. Il faut simplement l’acheter comme du logiciel, pas comme de la traduction.

Si le produit sur votre feuille de route doit fonctionner dans les deux langues, le moment le moins cher pour le décider est avant le premier commit. Réservez une Découverte et dites « bilingue » dès la première phrase; la spécification traitera le français comme de l’architecture dès le premier jour.